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Posts Tagged ‘Puvis de Chavannes’

Nous avons quitté les Prévert à la fin de l’année 1907 rue de Vaugirard où ils habitaient un petit deux pièces sous les toits d’un immeuble parisien. Ont-ils déménagé pour des histoires de créanciers ou au contraire « pour occuper un logement plus confortable dans une demeure patricienne » ? En tout cas il est sûr que « l’hôtel de François Mahé de La Bourdonnais, gouverneur général des îles de France et de Bourbon » situé au 4 rue Férou montre un changement de standing évident, du moins en apparence car la famille demeure toujours en hauteur et dans un espace limité… (Les deux citations précédentes sont extraites de la biographie de Prévert par Yves Courrière, voir les crédits ci-dessous).

DR C.Aurouet

Comme le remarque Yves Courrière justement, l’hôtel, à cinq fenêtres sur deux étages et un troisième mansardé, a « belle allure avec sa double porte cochère surmontée d’un mascaron, sa cour où subsitait un puits et son escalier à rampe de fer forgé« . Malheureusement nous n’avons pas pu pénétrer à l’intérieur lors de notre balade sur les traces de Jacques Prévert, mais nous réessaierons une prochaine fois.

Je (Carole) suis entrée dans la cour de cet immeuble le mois dernier. Il a été entièrement restauré, dans l’esprit de l’époque, et est aujourd’hui d’un grand standing, même sous les toits. En témoigne le prix proposé pour la location d’un dupleix à cette adresse : 3000 euros par mois (cf. lien ci-dessous) !

DR P.Morisson

Un mascaron anthropomorphique, avec des motifs de végétaux, surplombe une magnifique porte en bois et accueille les visiteurs. Sa fonction originelle serait de repousser les mauvais esprits afin qu’ils ne pénétrent pas dans le lieu. Il a certainement dû ne pas laisser indifférents les enfants qui vivaient dans cet immeuble…

Pour la petite histoire, le 4 rue Férou sera aussi l’adresse de la revue fondée par Jean-Paul Sartre Les Temps Modernes. L’écrivain Michel Déon y habita vingt ans. Et c’est également rue Férou que se trouve le domicile d’Athos, l’un des trois mousquetaires, selon Alexandre Dumas.

Et c’est au 2bis rue Férou que Man Ray installa son atelier (non chauffé) à partir des années cinquantes à sa mort en 1976. Notons que Prévert a fait sa rencontre avec les surréalistes, et qu’il fut l’un des chefs opérateurs du court-métrage Souvenirs de Paris ou Paris-Express que Pierre et Jacques Prévert tournèrent en 1928, et dont certaines des séquences furent reprises dans Paris la belle de Pierre Prévert en 1960. Un documentaire a été tourné sur son atelier, qui fut détruit en 1989, par François Levy-Kuentz. Vous pouvez en voir un extrait sur le site de la Roland Collection.

Notons aussi que Ernest Hemingway habita 6 rue Férou à partir de 1929. Or, c’est Marcel Duhamel – grand ami de Jacques et Pierre, et créateur de la célèbre collection « Série noire », dont le titre fut d’ailleurs trouvé par Prévert – qui traduira Hemingway en français.

DR C.Aurouet

Revenons à Prévert.

Au bout de la rue Férou se trouve toujours le Musée du Luxembourg où son père l’emmena souvent. Dans le documentaire Mon Frère Jacques de Pierre Prévert, il raconte qu’il y avait « une peinture d’un très mauvais peintre sans doute : à l’hôpital, un père apportait une orange à un enfant dont je pensais qu’il allait mourir. C’était très triste et j’aimais ça. Il y avait aussi les Impressionnistes, Claude Monet, j’aimais beaucoup« . C’est là surtout qu’il a découvert l’émouvant tableau Le Pauvre Pêcheur de Puvis de Chavannes que son père aimait beaucoup car « il trouvait que ça lui ressemblait, ce qui était un peu vrai » (Cliquez ici pour voir ce tableau).

En débouchant de la rue Férou sur la place Saint-Sulpice (photographies d’époque ci-dessous)…

… on tombe sur l’Hôtel des Finances, qui est alors l’ancien séminaire de Saint-Sulpice. Pendant la guerre de 1914-1918, il servit de poste de secours.

Dans les notes relatives à son texte autobiographique « Enfance » (in Choses et autres, Folio, 1972), à propos de la rue Férou, Prévert écrit :

« Les trois mousquetaires. / La rue du Canivet : le fils de la concierge a fauché l’argent du loyer et l’a distribué à ses copains du quartier. / … / Le Musée du Luxembourg. / Le Chevalier aux Fleurs. / Les Impressionnistes. / Un tableau pour de vrai. / La visite à l’hôpital. / Puvis de Chavannes : le pauvre pêcheur. / Changement d’école, rue Madame. Horrible. / Les cent mille chemises. Les faux cols à Papa. / Des punaises. (Nous avons déjà fait connaissance avec elles rue de Vaugirard). Elles nous suivront par la suite très longtemps…« 

DR C.Aurouet

Le changement d’école dont vient de parler Prévert, qu’il qualifie d' »horrible« , était principalement dû au fait qu’il s’y ennuyait encore plus qu’à celle de la rue Vaugirard, et puis il n’y avait pas un arbre dans la cour de l’école ! Pour Enfance, il se souvient de ce maître avec qui il avait eu des ennuis : « Et comme je parlais il s’était mis à crier : « Prévert voulez-vous vous taire ! » et j’avais répondu « non », c’était pendant la leçon de grammaire et j’étais dans mon droit répondant à une question. Il n’avait qu’à me dire taisez-vous, je me serais tu, sans le vouloir, parce que c’était un ordre. »

Cette école, située au 42 rue Madame, s’appelle maintenant l’Ecole Elémentaire de la Mairie de Paris VIe arrondissement (un chouette blog, un autre, celui des parents de l’école, un vieux site).

Clio20 @ Flickr

DR. Clio20 @ Flickr

Le dernier Noël que les Prévert passèrent rue Férou (1909) restera dans la mémoire de Jacques Prévert comme « l’histoire de mon père et du couvert du pauvre« .

Son père André aperçoit un clochard mendier sous la neige au bout de la rue Férou, place Saint-Sulpice. Il lui dit de venir chez lui car « il y a toujours le couvert du pauvre« . La mère, Suzanne, les voit arriver et rétorque que s’il y a bien chez eux le couvert du pauvre, il y a en tout cas rien à manger ! Le clochard sort alors spontanément de sa poche (la journée a été bonne) l’argent qu’il a récolté ce jour. Puis André et le clochard partent « à coté dans la rue Servandoni où il y avait encore des boutiques ouvertes et puis ils sont revenus avec des victuailles et, comme ça, on a pu réveillonner« .

DR. Clio20 @ Flickr

CREDITS

Aurouet Carole, Prévert, portrait d’une vie, Ramsay, 2007.

Courrière Yves, Jacques Prévert, Gallimard, 2000.

Gasiglia-Laster Danièle et Laster Arnaud , Œuvres complètes de Jacques Prévert, La Pléiade, 1992/1996.

Prévert Jacques, “Enfances”, in Choses et autres, Folio, 1972.

La galerie de Clio20 @ Flickr à qui nous avons emprunté les 2 dernières photos sur cette page (merci à elle).

AUTRES LIENS

La rue Férou sur un post du blog de THBZ : bloc-notes et le deuxième post ici.

Quelques photos d’un dupleix à louer au rez-de-chaussée du 4 rue Férou

(3000 euros/mois !).

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