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Posts Tagged ‘louis bessieres’

DR. Clio20 @ Flickr

Lors d’un post précédent, la famille Prévert habitait rue Férou, une petite rue qui relie le Musée du Luxembourg et la place Saint-Sulpice. C’était l’hiver 1909, dont Prévert se souvient grâce au fameux épisode du clochard invité à la maison par son père, André, le soir de Noël.

Mais durant l’année 1910 la famille Prévert doit déménager pour la quatrième fois en trois ans, à cause de problèmes d’argent, et s’installer à trois rues de là, au 5 rue de TournonPrévert précisera qu’ils ont failli habiter cour de Rohan :

« Visite des appartements ou plutôt des logements. / Regrettable hésitation dans la cour de Rohan. / Rue de Tournon. Le choix est fait. / Le déménagement suit. » (in La Pléiade, volume II. 1996)

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DR C.Aurouet

L’histoire de l’immeuble du 5 rue de Tournon est longue et remonte à la Révolution Française.

Jacques-René Hébert, le fondateur de la célèbre revue pamphlétaire Le Père Duchesne (fin du XVIIIème siècle) y vécut.

Ce fut aussi le cas de « la plus grande voyante de tous les temps », Mlle Lenormand, qui devint notamment la conseillère de Joséphine de Beauharnais, la femme de Napoléon Bonaparte. On raconte d’ailleurs qu’elle avait choisi ce lieu car elle avait découvert, entre l’une des caves, un passage secret qui amenait au réseau de galeries souterraines des anciennes carrières… (cf. www.science-et-magie.com).

C’est également là que l’écrivain Alphonse Daudet logeait en 1857, au n°7 contingü qui était l’Hôtel du Sénat, tout comme le jeune politicien Léon Gambetta en 1858. En atteste d’ailleurs une plaque fixée sur l’immeuble.

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DR P.Morisson

Puis le scientifique Charles Cros y est mort en 1888.

Enfin, un autre poète illustre y demeura en décembre 1846.
L’auteur de ces vers…

« Le vieux Paris n’est plus (la forme d’une ville
Change plus vite, hélas ! Que le cœur d’un mortel)
« 

Charles Baudelaire.

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DR C.Aurouet

La famille Prévert n’habita qu’une seule année au 5 rue de Tournon mais Jacques Prévert y fit des rencontres décisives…

Les trois frères Prévert et leurs parents résident au 5ème étage de cet immeuble étroit, avec une seule fenêtre sur rue. Leurs voisins de palier sont la famille Tiran. La mère a fait partie des Pétroleuses dans sa jeunesse. Ce terme servait à désigner les femmes qui allumaient des incendies avec du pétrole durant la Commune en 1871.  Elle avait trois fils : André, Maurice et Henri. Maurice Tiran était ouvrier modeleur rue Racine ; Henri Tiran, né comme Prévert en 1900, est passé à la postérité pour lui avoir fait découvrir le premier le Raton-Laveur ! Animal que l’on retrouve bien sûr dans le fameux poème Inventaires publié dans Paroles en 1946. L’aîné de la famille, André Tiran, était un « apache » (ndlr : les « blousons noirs » de l’époque) selon Prévert. Celui-ci écrit dans le recueil Choses et Autres (Folio.1972) qu’André « réglait ses comptes avec les flics du quartier Saint-Sulpice » en enrobant dans son cache-nez « une brique ou un fer à repasser et d’un coup rapide et feutré, les envoyait ronfler chez Morphée. »

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DR P.Morisson

Mais c’est au rez-de-chaussée, dans la cour de l’immeuble, que Prévert rencontre les Dienne. C’est une famille de 9 enfants, six filles et trois garçons, dont les parents sont décédés. C’est l’aînée des filles, Germaine, qui s’occupe de la fratrie. Parmi ces enfants : une petite fille de trois ans la cadette de Jacques Prévert : Simone.

« Les petits voisins, Roger et Jean, étant partis en vacances, « en vacances réelles », nous annoncent que leur petite soeur, la plus jeune, est revenue avec eux. / Rue des Canettes, je les rencontre. Nous faisons semblant de nous battre, comme des gens qui ne se sont jamais vus. La petite soeur nous regarde avec une indifférence amusée. Ils me présentent. Elle s’appelle Simone. » (in La Pléiade, volume II. 1996)

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DR C.Aurouet

Jacques Prévert épousera Simone Dienne le 30 avril 1925. Elle sera donc à ses côtés pendant toute la période du surréalisme et de la rue du Château, du groupe Octobre et de ses débuts comme scénariste. On l’aperçoit d’ailleurs dans le court-métrage de 1928 de Pierre Prévert et Marcel DuhamelParis-Express ou Souvenirs de Paris. C’est un film sur Paris, et plus précisément sur les déambulations des parisiennes dans la capitale. Celles-ci sont le fil conducteur de ce premier essai cinématographique, et sont en quelque sorte célébrées à la manière surréaliste. A la réalisation officient donc Pierre Prévert et Marcel Duhamel, d’après un scénario de Jacques et Pierre Prévert, des dialogues, des textes et des chansons de Jacques. La musique est signée Louis Bessières. On compte aussi le concours de Man Ray à la photographie (troisième opérateur après Grignon et Boiffard).

Jacques et Simone se séparent en 1935.

L’année suivante, en 1936, Prévert vit avec Jacqueline Laurent, qui incarne le personnage de Françoise au côté de Jean Gabin, Arletty et Jules Berry dans Le jour se lève réalisé par Marcel Carné en 1939. C’est elle qui est allongée au côté de Prévert sur l’affiche de l’exposition Jacques Prévert Paris la belle (Hôtel de Ville de Paris, 24 octobre 2008-28 février 2009).

Visuel de l'exposition Jacques Prévert Paris la belle

Simone Prévert deviendra quant à elle la femme de Louis Chavance, qui fut entre autre le monteur de L’affaire est dans le sac réalisé par Pierre Prévert en 1932.

Yves Courrière raconte dans sa biographie de Prévert que « Jacques a regretté Simone« , qu’il aurait confié au poète André Verdet qu’elle avait été « la femme de sa vie« .  Une amie, Gazelle Duhamel (la femme de celui que Pierre et Jacques avaient surnommé « le troisième frère » :  Marcel Duhamel), dira même que « Simone, c’était sa chose à lui. Elle avait partagé la vache enragée, les bancs publics. Jacques a voulu s’ouvrir les veines quand Simone a eu cette petite aventure avec Chavance. Mais, plus qu’un vrai chagrin, c’était surtout de l’orgueil« .

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DR P.Morisson

Prévert se souvient d’une nuit où son père a un cauchemar rue de Tournon :

« La même nuit, mon père a un cauchemar, gueule comme un âne, les chats sont épouvantés. Mon père se réveille : / – Mes chers petits… / il nous explique son rêve (qui n’est pas nouveau). Les tortures qu’il a subies enfant au petit séminaire d’Ancenis. Détails : les engelures, les coups, les humiliations et les Frères des Ecoles Chrétiennes qui fumaient en classe et doucement, pour rire, lui chatouillaient le lobe de l’oreille avec le mégot incandescent. / Et se rendort. Après avoir bu son tilleul ou sa carafe d’eau fraiche,  – si l’on peut dire – où baignaient des écorces d’orange. /« 

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DR C.Aurouet

Dans les notes du volume II de La Pléiade, on trouve une succession de souvenirs courts de Prévert que lui évoque le 5 rue de Tournon. Ainsi :

« Chanson très belle et toujours entendue : / Le Temps des Cerises. / Phrase du refrain toujours remise à demain. / La phrase de ce refrain : je ne vivrai pas sans souffrir un peu. //« 

et

« La petite terrasse. / Un morceau de toit  avec une petite rampe. / En bas, les voisins. Leur petite cour, leur gaité. / La notre. /« 

Et cette photographie que nous avons prise dans la cour de la rue de Tournon (mais la plaque émaillée n’est sans doute pas d’époque) nous évoque cette phrase de Jacques Prévert :

« Les concierges sur leur chaise portant plainte heureuse contre la chaleur et attendant, avec une béatitude agressive, une accalmie. /« 

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DR C.Aurouet

CREDITS

Aurouet Carole, Prévert, portrait d’une vie, Ramsay, 2007.

Courrière Yves, Jacques Prévert, Gallimard, 2000.

Gasiglia-Laster Danièle et Laster Arnaud , Œuvres complètes de Jacques Prévert, La Pléiade, 1992/1996.

Prévert Jacques, Choses et autres, Folio, 1972.

La galerie de Clio20 @ Flickr à qui nous avons emprunté la première photo sur cette page (merci à elle).

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