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Jacques Prévert voit le jour le 4 février 1900 chez ses parents, au 19 rue de Chartres à Neuilly-sur-Seine. Son frère aîné, Jean, est né en 1898 (et décèdera en 1915 de la typhoïde). Quand à Pierre, son frère cadet qui deviendra cinéaste, il naît le 26 mai 1906.

Peu après la naissance de leur troisième garçon, la famille Prévert doit quitter précipitamment la banlieue parisienne. Elle part vivre dans un hôtel à Toulon, place Armand-Vallée, pour un hypothétique emploi que le père de famille, André Prévert, ne décrochera finalement pas. C’est à ce moment que Jacques Prévert empêche son père de se suicider. Alors que ce dernier veut se jeter à l’eau, le petit garçon de sept ans le prend par la main et le ramène à la maison…

De retour à Paris, la famille Prévert vit d’abord quelques mois dans un un hôtel près de la Gare de Lyon. Puis, grâce à Auguste Prévert (le grand-père, surnommé « Auguste le Sévère »), André Prévert est affecté à l’Office central des Oeuvres charitables où il est chargé de la répartition des aumônes aux pauvres (mais nous en reparlerons).

Très vite André Prévert trouve un petit deux pièces au dernier étage d’un immeuble – « à deux pas du jardin du Luxembourg et du théâtre de l’Odéon » (« Enfance« , in Choses et autres, Folio, 1972 ; les citations suivantes sont extraites de ce texte autobiographique) – situé au 7 rue de Vaugirard.

DR C.Aurouet

Jacques Prévert se souvient de cet appartement, de la petite cuisine, de l’eau et des toilettes qui sont sur le palier, « là on rencontre tout le temps les voisins, comme ça on sait qui c’est« . Il se souvient aussi très bien de cet escalier Louis XIII « avec tellement de marches qu’on dirait un toboggan« .

DR P.Morisson

« On pouvait le gravir à cheval » dira son père, « Moi je peux le descendre en courant » assurera Prévert.

DR P.Morisson

Cet immeuble possède un étage avec trois hautes fenêtres puis deux autres qui vont en s’amenuisant, ce qui fait qu’au dernier étage il faut se baisser pour monter. L’escalier est en effet impressionnant, notamment à cause des ses balustres en bois et de ses tomettes patinées par les pas des habitants qu’elles ont vu défiler.

DR P.Morisson

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Les fenêtres de l’appartement donnent « sur le ciel, l’une d’elles sur la cour de l’école« .

DR C.Aurouet

Prévert est inscrit à l’école communale de garçons qui jouxte l’immeuble, au 9 rue de Vaugirard, le 1er février 1907, trois jours avant son septième anniversaire. C’est la première fois qu’il est scolarisé, et c’est un peu tardif. L’école ne lui laisse pas un souvenir impérissable : « On est assis toute la journée, on n’a pas le droit de bouger, on guette les heures et on les écoute sonner« .

La première école de Jacques Prévert existe toujours, elle s’appelle très simplement : l’Ecole élémentaire de Vaugirard.

DR C.Aurouet

Prévert se souvient également de ce couple d’américains qui descendent dans l’hôtel en face de l’immeuble. Ils ont un petit garçon et une petite fille avec qui Prévert joue. « Ils ne parlent pas le français. Je ne parle pas anglais. Nous arrivons très vite à nous comprendre. Et pourtant nous ne sommes pas pareils« .

A cet emplacement se trouve l’Hôtel du Luxembourg qui fut fréquenté par Verlaine de mars 1889 à décembre 1894, comme nous l’apprend une plaque sur le mur de l’entrée.

DR P.Morisson

Puis Prévert ajoute : « Aujourd’hui ils sont loin. Ils ont grandi. ils sont morts ou vivants, mais dans l’aujourd’hui dont je parle ils sont là, ils n’ont pas bougé… »

DR P.Morisson

« Aujourd’hui, l’aujourd’hui d’aujourd’hui, je puis m’asseoir sur les marches en face de l’hôtel qui, démoli, disparu, n’a tout de même pas bougé. / J’étais assis sur les trois marches. on s’était dit « au revoir à demain! » et la nuit commençait à tomber. / Et j’avais envie de pleurer. Oh! pas avec des larmes, mais avec lucidité. Je n’étais pas heureux de ma journée. / Je trouvais que le petit garçon était plus beau que la petite fille. / ça me gênait. Ce n’était pas la petite fille que j’avais rêvée, que je cherchais, c’était une petite fille à rire, une petite fille à jouer, pas une petite fille à aimer./ Qui donc, où donc avais-je appris à chercher la beauté, « ma beauté » ?

DR P.Morisson

A côté de l’hôtel dont parle Prévert il y avait un bouquiniste où il a pu découvrir des feuilletons comme « Nat Pinkerton », « Texas Jack » et surtout « Sitting Bull » qu’il aimait beaucoup « parce qu’il était indien et que les indiens… c’était eux qui étaient dans leur droit, comme les Noirs de La case de l’oncle Tom« .

Il y a toujours un libraire en face du 7 rue de Vaugirard : la Librairie Gaspa.

DR C.Aurouet

L’année d’après, en 1908, les Prévert déménagent suite à nouveau à des problèmes financiers et partent habiter à quelques centaines de mètres de là au 4 rue Férou – une petite rue perpendiculaire à la rue de Vaugirard qui débouche sur la Place Saint-Sulpice – qui se trouve en face du Musée du Luxembourg dont nous parlerons la prochaine fois.

CREDITS

Aurouet Carole, Prévert, portrait d’une vie, Ramsay, 2007.

Courrière Yves, Jacques Prévert, Gallimard, 2000.

Gasiglia-Laster Danièle et Arnaud Laster, Œuvres complètes de Jacques Prévert, La Pléiade, 1992/1996.

Prévert Jacques, « Enfances », in Choses et autres, Folio, 1972.

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