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Posts Tagged ‘Charles Dickens’

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DR C.Aurouet

C’est le 4 mars 1912 que la famille Prévert trouve enfin un logement stable au quatrième étage de cet immeuble du XVIIème siècle qui se situe au coin de la rue Madame et de la rue du Vieux-Colombier.

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DR C.Aurouet

Suzanne et André Prévert demeureront dans cet appartement du 7 rue du Vieux-Colombier une fois leurs fils Jacques et Pierre partis. Suzanne y habitera seule après le décès de son époux (5 septembre 1870 – 31 décembre 1936).

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DR ParisAvant.com

Gérard Durand et le site ParisAvant.com nous apprennent qu’en 1800 ce bâtiment était un couvent « où les novices futures soeurs de la Charité étaient formées chez les orphelines de Saint Sulpice« , ce qui est plutôt cocasse pour un anticlérical comme Prévert ! L’édifice a été restauré au XIXème siècle et transformé en caserne de pompiers. De nos jours, l’accès est privé et les appartements sont occupés par les familles des pompiers. L’entrée principale de la caserne est quant à elle située au 11 rue du Vieux-Colombier.

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DR P.Morisson

Quelques années plus tard, en 1921, cette adresse devient celle du siège des éditeurs Stock, Delamain, Boutelleau et Cie. Le premier, Pierre-Victor Stock, éditera bon nombre d’ouvrages Dreyfusards au tournant du siècle mais aussi Oscar Wilde et Charles Dickens, dont Prévert aimait beaucoup David Copperfield.

Stock est ruiné à la fin de la Grande Guerre et c’est son ancien secrétaire Jacques Boutelleau/Chardonne qui reprend alors l’affaire avec son associé, Maurice Delamain. En 1961, ils sont rachetés par Hachette. Ils éditeront, entre autres, Ibsen et Strinberg mais aussi Jean Cocteau (Le Grand Ecart, Orphée) et, en 1927, Mrs Dalloway de Virginia Woolf (voir l’histoire des Editions Stock disponible au format PDF sur leur site).

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DR

La rue du Vieux-Colombier est surtout célèbre dans le milieu artistique par le théâtre du Vieux-Colombier (au n°21) créé par Jacques Copeau en 1913, un an donc après l’arrivée des Prévert. Notons qu’un comédien fait alors partie de cette troupe théâtrale, après avoir débuté comme régisseur puis décorateur… Celui qui endossera le rôle de Archibald Soper, l’évêque de Bedford, dans Drôle de Drame (Marcel Carné, 1937) , et qui prononcera cette désormais fameuse réplique écrite par Jacques Prévert : « Moi, j’ai dit bizarre… Bizarre ? Comme c’est étrange… Pourquoi aurais-je dit bizarre… bizarre« … Louis Jouvet bien sûr !

Jacques Copeau croisera la route de Jacques Prévert lorsqu’il jouera en 1937 dans le film de Claude Autant-Lara et Maurice Lehmann, L’Affaire du courrier de Lyon. Prévert est en effet l’adaptateur, avec Jean Aurenche, du mélodrame de Moreau, Siraudin et Delacour. Il a en revanche refusé d’être crédité au générique à cause de désaccords avec Maurice Lehmann, qui signera la réalisation, en fait effectuée par Claude Autant-Lara.

Yves Courrière nous apprend que les fenêtres de l’appartement des Prévert donnaient sur la rue du Vieux-Colombier et « en enfilade sur la rue Madame où Jacques était allé à l’école communale » (école que nous avons évoquée dans l’un de nos précédents post : ici). Il ajoute que la mère de Prévert, Suzanne, « installa son poste de vigie à la fenêtre d’angle d’où elle guetta durant des années le retour de sa nichée. »

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DR P.Morisson

Jacques Prévert se souvient de cette période et de son exploration du quartier de Saint-Germain-des-Près en compagnie de son père :

Mon père m’emmenait aux Deux Magots, ou chez Lipp. A part, de temps à autre, des bagarres politiques, c’était plutôt calme, trop même. Heureusement il y avait la rue Buci où tout remuait, tout bougeait vivant. André Salmon a décrit cette rue et ses gens dans un livre, Tendres Canailles. Adolescent j’en connus quelques-unes…

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DR parisienne de photographie – 1906

Et dans les Notes de l’édition des oeuvres complètes de La Pléiade, voici les souvenirs que note Prévert :

La concierge et ses filles. /… / Le tailleur italien, sa femme et ses enfants. Nos voisins de palier. / Au dessus : Mme Lisorgues et son mari à la jambe de bois. / La librairie Stock. /… / Acquisition de la couleuvre Esculape. La plus grande. / … / Quelques jours plus tard, terreur de la concierge : « M. Prévert, votre serpent est dans la loge ! » / Coin de la rue Madame et de la rue Vaugirard. / Un immeuble : à la porte cochère, apparition d’une merveilleuse petite fille : Ginette.

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DR P.Morisson

Prévert confiera à André Pozner dans Hebdromadaires (1972) que c’est rue du Vieux-Colombier qu’il écrivit pour la première fois un après-midi, il avait quatorze ans.

Mais le lendemain, il déchira ce texte car dit-il « ça m’a foutu la trouille ! comme un rêve, quelquefois« .

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DR C.Aurouet

A la fin de son texte autobiographique Enfance (écrit en 1959 pour le magazine Elle, puis repris dans une version augmentée et édité dans Choses et autres en 1972), Prévert se souvient d’un épisode qui l’a beaucoup marqué lorsqu’il était âgé de 10/12 ans. Il avait une nouvelle fois séché les cours et s’était rendu à la Gare d’Orsay (actuel Musée d’Orsay) d’où partaient les trains vers la Bretagne, « unique pays qui m’attirait » écrira-t-il. Il se souvient avec émotion de la musique du départ, du charbon, des sifflets, de la ferraille, mais aussi de la première fois où il a vu la mer à La Baule, et surtout d’un petit crabe « captif sous un verre sur la table du Casino » qu’il avait délivré et qu’il n’oublia jamais. Prévert a alors 59 ans lorsqu’il écrit ce souvenir.

Alors enfant, Prévert s’était faufilé sur le quai de la Gare et s’était assis sur un banc. Un train partait quand un voyageur essouflé, avec sa valise « au bout d’un bras« , arriva mais trop tard. Prévert l’observe et a alors les larmes aux yeux. Il aurait voulu l’aider à rattraper le temps, « l’espoir en allé« . Et lorsque l’homme passe à côté de lui, Prévert comprend « qu’avec le train quelque chose de moi avait été emporté« .

Avais-je appris sans le savoir l’indifférence à qui si souvent, je devais avoir recours plus tard ?

Cet évènement d’apparence banal va le marquer profondément au point que lorsqu’il rentre chez lui le soir même, la rue, la maison, ses parents, ses frères jusqu’au couvert « mis pour pas grand chose« , tout lui semble pareil mais…

Je les regardais, je les aimais. Ils m’aimaient et me regardaient. Enfin, on se regardaient.

Ce jour-là, je les aimais peut-être davantage, mais j’étais dans un autre paysage.

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DR

La Gare d’Orsay sera complètement désaffectée dans les années 60. En 1972, elle accueillera, l’espace de quelques années, une structure démontable en bois qui servira à l’éphémère Théâtre d’Orsay. Des spectacles éclectiques y seront montés à partir de textes de Nietzsche, Rabelais, Beckett ou encore Duras. Puis, la troupe devra déménager en 1981 au Théâtre du Rond-Point.

Celui qui dirigea le Théâtre d’Orsay n’était autre que l’un des amis de longue date de Jacques Prévert… Celui qui a mis en scène dès 1936 la pièce qu’il avait écrite pour la troupe de théâtre le groupe Octobre : Le Tableau des merveilles… Celui qui interprète le mime Baptiste Debureau dans Les Enfants du paradis de Marcel CarnéJean-Louis Barrault bien entendu !

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DR

Nous vous souhaitons de très bonnes fêtes de fin d’année

et nous vous retrouverons avec grand plaisir courant janvier 2009

pour la suite de nos pérégrinations sur les traces de Jacques Prévert à Paris.

CREDITS

Aurouet Carole, Prévert, portrait d’une vie, Ramsay, 2007.

Courrière Yves, Jacques Prévert, Gallimard, 2000.

Gasiglia-Laster Danièle et Laster Arnaud , Œuvres complètes de Jacques Prévert, La Pléiade, 1992/1996.

Prévert Jacques, Choses et autres, Folio, 1972.

Le très beau site ParisAvant.com dont le principe est de “Découvrir Paris par des clichés pris il y a une centaine d’années, confrontés à des photos récentes.”

NOTA BENE

Notons qu’en ce mois de décembre 2008 la Mairie de Paris vient de mettre en ligne un site consacré à l’exposition « Jacques Prévert Paris la Belle » qui se tient 5 rue Lobau dans le IVème arrondissement de la capitale, du 23 octobre 2008 au 28 février 2009 : http://www.prevert.paris.fr/prevert/

Ce site propose de redécouvrir de manière virtuelle l’exposition et retrace les grandes étapes de celle-ci à travers une centaine de documents. Précisons d’emblée que si l’on ne peut que se féliciter de cette heureuse initiative, il est cependant très regrettable que ce site soit si lourd. La visite s’avère en effet impossible si vous ne disposez pas d’une connexion très haut débit. De plus, le site bogue souvent, notamment avec Internet Explorer.

Mais enfin, pour les plus patients et courageux, sachez que vous pourrez notamment y voir la première page du texte autobiographique Enfance paru en 1959 dans Elle et une photographie des répétitions de 1936 du Tableau des merveilles écrit par Prévert et mis en scène par Jean-Louis Barrault, que nous venons d’évoquer dans ce post.

CORRECTION (janvier 2009) :

Après un début laborieux, le site http://www.prevert.paris.fr/prevert/ est maintenant très fluide.

bonne visite.


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